Comment diffuser légalement vos bandes sonores dans les bars, restaurants, hotels & autres lieux publics, de la France?

Quand un prestataire de système sonore, localisé en France, reproduit des phonogrammes sur des bandes sonores, afin de proposer ces bandes sonores à la diffusion dans des lieux publics tels que des restaurants, bars, hôtels, ou magasins, il a besoin d’avoir une vraie stratégie en place, afin d’exécuter son business plan en toute légalité. Tout particulièrement en ce qui concerne le développement de relations productives avec les sociétés de gestion collective de droits, françaises et étrangères. Comment cet effort de mise en conformité juridique peut-il être fait de la manière la plus efficace, en terme de temps et d’argent, pour assister l’entreprise naissante de tout jeune prestataire de système sonore basé en France?

comment diffuser légalement vos bandes sonores en France1. S’inscrire comme sonorisateur auprès de la SPPF et SCPP

Il y a quatre sociétés de gestion collective de droit voisin en France, en ce qui concerne les droits voisins musicaux, comme suit:

  • SPPF, qui est la société de gestion collective de droits voisins pour les producteurs de phonogrammes qui sont uniquement des labels indépendants;
  • ADAMI, qui est la société de gestion collective de droits voisins pour les artistes et les interprètes, et
  • SPEDIDAM, qui est la société de gestion collective de droits voisins pour les musiciens de session et les vocalistes.

Tout nouveau prestataire de système sonore basé en France doit être au courant de l’existence de ces sociétés de gestion collective de droits voisins, étant donné que certaines pourraient bien taper à sa porte afin de percevoir des redevances.

Ainsi, quelles sociétés de gestion collective de droits voisins pourrait avoir une revendication légale, et financière, contre le prestataire de système sonore basé en France?

Une distinction doit être faite, entre:

  • les redevances de droits voisins perçues sur la base de la diffusion de phonogrammes, et
  • les redevances de droits voisins perçues sur la base de la reproduction de phonogrammes.

En ce qui concerne les redevances de droits voisins perçues sur la base de la diffusion de phonogrammes, le Code de la propriété intellectuelle (‟CPI”) dispose que 50 pour cent des redevances payées par les utilisateurs (c’est à dire les lieux qui diffusent les phonogrammes, tels que les espaces publics, les chaines de TV, les chaines radio, etc.) sont dirigés vers le titulaire de droit sur le phonogramme, alors que les 50 pour cent restants vont aux artistes-interprètes, musiciens de session et vocalistes. L’article L. 214-1 CPI prévoit le paiement de ces redevances de droits voisins relatives au droit de diffusion, sur la base d’échelles qui sont, elles-mêmes, prévues à l’article L. 214-4 CPI. Ces redevances payées en relation avec le droit de diffusion sont intitulées ‟rémunération équitable” et sont distribuées aux producteurs de phonogrammes via la SCPP et la SPPF, aux artistes-interprètes via l’ADAMI, ainsi qu’aux musiciens de session et aux vocalistes via la SPEDIDAM.

Toutefois, en ce qui concerne les redevances de droits voisins perçues sur la base de la reproduction de phonogrammes, celles-ci sont payées par les sonorisateurs (c’est à dire les prestataires de systèmes sonores qui fournissent des bandes sonores via des médias physiques, des systèmes de diffusion automatisés ou par satellite/ADSL) aux producteurs de phonogrammes uniquement. L’article L. 213-1 CPI prévoit le paiement de ces redevances de droits voisins relatives au droit de reproduction. Ces redevances sont distribuées aux producteurs de phonogrammes uniquement, via la SCPP et la SPPF.

Par conséquent, un prestataire de système sonore basé en France, qui reproduit des phonogrammes sur des bandes sonores qui seront ensuite diffusées sur les sites de ses clients (c’est à dire des bars, hôtels, restaurants, magasins de détail, ascenseurs, etc., collectivement désignés comme les ‟Sites des Clients”), localisés soit en France, soit, par exemple, au Royaume-Uni, aura une obligation légale de négocier, finaliser et signer un contrat général d’intérêt commun conclu entre un sonorisateur, et chacune des deux sociétés de gestion collective de droits voisins pour les producteurs de phonogrammes, c’est à dire la SCPP et la SPPF. Suite à la signature de ces contrats, le sonorisateur va payer la SCPP et la SPPF des redevances dues au titre du droit de reproduction des phonogrammes.

Les Sites des Clients, c’est à dire les espaces publics dans lesquels les bandes sonores seront diffusés via les médias physiques, les systèmes de diffusion automatisés ou par satellite/ADSL, vont payer des redevances de droits voisins au titre du droit de diffusion des phonogrammes, à la SCPP, SPPF, ADAMI et SPEDIDAM.

2. Concernant les contrats devant être conclus, entre les sonorisateurs et la SCPP et SPPF, respectivement

Les modèles-types de contrats généraux d’intérêt commun, conclus entre les sonorisateurs et chacune des sociétés de gestion collective pour les producteurs de phonogrammes – c’est à dire la SCPP et la SPPF respectivement – sont accessibles gratuitement sur leurs sites internet (ensemble, les ‟Contrats”).

Les points clés à noter, en relation avec les Contrats, sont que:

  • il y a une marge de négociation, avec la SCPP et la SPFF, concernant les stipulations des Contrats, avant qu’ils ne soient finalisés;
  • la SCPP détient 77 pour cent du répertoire social des phonogrammes en France, alors que la SPPF détient 23 pour cent du répertoire social des phonogrammes enregistrés en France, et ces prorata numeris sont indiqués dans la formule de calcul utilisée pour déterminer le montant de redevances dues au titre du droit de reproduction, comme expliqué ci-dessous;
  • tant la SCPP que la SPPF ont conclu des accords de réciprocité avec la société de gestion collective de droits voisins britannique PPL, ce qui implique que, a priori, il n’est pas nécessaire qu’un sonorisateur basé en France conclut un accord similaire aux Contrats, avec la PPL, même si ses bandes sonores sont diffusées sur des Sites de Clients localisés au Royaume-Uni;
  • tant la SCPP que la SPPF garantissent et représentent que les producteurs de phonogrammes, membres de leurs répertoires sociaux respectifs, ont obtenu l’autorisation préalable des artistes-interprètes, musiciens de session et vocalistes, à la reproduction de chacun des phonogrammes enregistrés dans leurs répertoires sociaux, en conformité avec l’article L. 212-3 CPI;
  • le chiffre d’affaires annuel, hors taxe, généré par le sonorisateur, sera le seul montant pris en compte par la SCPP et la SPPF, lors du calcul de redevances dues au titre du droit de reproduction;
  • la formule pour calculer la redevance est égale à ((chiffre d’affaires annuel hors taxes * 15 pour cent) * 23 pour cent) pour la SPPF, dans laquelle 23 pour cent représente le prorata numeris applicable à la SPPF, comme expliqué ci-dessus;
  • la formule pour calculer la redevance est égale à ((chiffre d’affaires annuel hors taxes * 15 pour cent) * 77 pour cent) pour la SCPP, dans laquelle 77 pour cent représente le prorata numeris applicable à la SCPP, comme expliqué ci-dessus;
  • tant la SCPP que la SPPF ont mis en place des minimums garantis, pour les redevances, en fonction du nombre de phonogrammes reproduits sur les Sites des Clients par an; dont les montants doivent être indiqués dans les Contrats;
  • la SCPP demande que le sonorisateur paye un dépôt de redevances, alors que la SPPF n’exige pas un tel dépot;
  • les sonorisateurs ont de lourdes obligations de reporting, étant donné qu’ils doivent envoyer à la SCPP et à la SPPF, de manière régulière, un tableur excel rempli, qui indique toutes les données devant être déclarées, en relation avec chacun des phonogrammes reproduits sur leurs bandes sonores, qui appartiennent aux répertoires sociaux respectifs de la SCPP et de la SPPF;
  • les bandes sonores, ainsi que les systèmes de diffusion automatisés, doivent permettre l’utilisation d’outils de protection des phonogrammes, tels que des outils de gestion de droits numériques, qui protègent les phonogrammes des copies non-autorisées, et
  • les données concernant les phonogrammes peuvent être tracées et trouvées dans les bases de données de la SCPP et de la SPPF, en particulier leurs numéros ISRC.

Les équipes juridiques de la SCPP et de la SPPF sont utiles pour mieux comprendre les Contrats, ainsi que pour négocier, et même éventuellement customiser, puis finaliser ces Contrats.

Pour conclure sur ce point, les redevances de droits voisins que tout sonorisateur basé en France doit payer représentent 15 pour cent de son chiffre d’affaires annuel hors taxes.

Qu’en est-il des éventuelles redevances de droit d’auteur?

3. Relations entre sonorisateurs et la SACEM-SDRM

Les sonorisateurs n’ont pas d’obligation légale de s’enregistrer auprès de la SACEM, c’est à dire la société de gestion collective de droits d’auteur, ou auprès de la Société pour l’administration du droit de reproduction mécanique des auteurs (‟SDRM”).

En effet, les Sites des Clients vont payer des redevances à la SACEM et SDRM, relatives aux droits d’exécution publique et droits de reproduction mécanique, prévus à l’article L. 122-4 CPI, par le biais d’un accord de représentation conclu avec tous les auteurs, leurs ayants droit, ainsi que la SACEM et la SDRM, conformément aux dispositions de l’article L. 132-18 CPI.

Par exemple, un restaurant localisé à Paris va payer un prix fixe annuel hors taxes de 1.783,69 Euros, conformément aux redevances dues au titre des droits d’exécution publique et droits de reproduction mécanique des compositions musicales des auteurs-compositeurs enregistrés avec la SACEM et la SDRM.

Par conséquent, il n’y a pas d’obligation pour un sonorisateur de s’enregistrer auprès de la SACEM, afin de payer des redevances dues au titre du droit de reproduction, étant donné que les Sites des Clients localisés en France vont régler de telles redevances, qui sont incluses dans le prix fixe annuel hors taxe, qu’ils vont directement payer à la SACEM et SDRM.

Toutefois, la SACEM et SDRM recommandent que les sonorisateurs professionnels partagent avec elles, leurs formulaires déclaratifs numériques (c’est à dire les données de reporting sur chaque phonogramme qui doivent être indiquées sur le tableur excel fourni par la SCPP et la SPPF). De cette manière, la SACEM et la SDRM peuvent faire une répartition réaliste et exacte des droits dus au titre de la reproduction mécanique, parce qu’elles ont les justes informations relatives à chaque phonogramme et composition musicale reproduite sur une bande sonore, qui est ensuite diffusée sur chaques Sites des Client situés en France. Ainsi, la SACEM est en train de rédiger une charte, à l’attention des sonorisateurs professionnels, afin de les éduquer sur la nécessité de rendre compte à la SACEM, concernant les compositions musicales qui ont été reproduites.

En ce qui concerne les Sites de Clients localisés au Royaume Uni, la SACEM a conclu un accord de réciprocité avec la société de gestion collective de droit d’auteur britannique, PRS, afin d’assurer que les redevances perçues par PRS au nom et pour le compte de la SACEM, sont ensuite envoyées à la SACEM le plus vite possible, pour distribution aux auteurs, et leurs ayants droits, appropriés , tous membres de la SACEM.

Pour conclure, mettre en place une entreprise de sonorisation profitable en France vient avec quelques obstacles et barrières, d’un point de vue règlementaire. Toutefois, si ces complexités sont gérées intelligemment, par le biais de solutions de logiciels appropriées (tout particulièrement afin de gérer les lourdes obligations de reporting sur chaque phonogramme reproduit sur chaque bande sonore) ainsi que du conseil juridique tactique et efficace, rien ne devrait entraver le cheminement d’un sonorisateur malin et doué en affaires parce qu’il aura instauré des relations constructives, et mutuellement bénéficiaires, avec les sociétés de gestion collective de droits françaises. 


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