Comment l’échec de l’exécution de la sentence arbitrale concernant la SGAE aurait pu être évité?

Quand la SGAE a conclu un arbitrage, en juillet 2017, afin de régler un litige entre elle et les éditeurs de musique major et indépendants, tout le monde pensait que la société de gestion collective de droits espagnole allait se conformer avec la sentence arbitrale. Pas vraiment. Voici pourquoi, et comment un tel résultat aurait pu être évité.

sgaeSGAE est la société de gestion collective de droits espagnole qui a l’autorité d’octroyer des licences des oeuvres protégées par le droit d’auteur musical, et de percevoir des redevances au titre de licences obligatoires ou de licences individuelles négociées au nom et pour le compte de ses membres respectifs. Comme les autres sociétés de gestion collective de droits d’auteur, la SGAE perçoit les paiements de redevances de la part des utilisateurs des oeuvres protégées par le droit d’auteur, et distribue ces redevances aux titulaires de droits d’auteur.

Les utilisateurs de musique (ceux qui payent les frais de licence) comprennent les chaînes de télévision, les stations de radio, les espaces publics tels que les bars et restaurants. Les titulaires de droits d’auteur (ceux qui reçoivent les redevances) comprennent les auteurs-compositeurs de musique, les paroliers ainsi que leurs éditeurs respectifs.[1]

Le 19 juillet 2017, un tribunal arbitral du Centre de Médiation et d’Arbitrage de l’OMPI a rendu une sentence concernant un litige entre les éditeurs de musique major et indépendants BMG, Peermusic, Sony/ATV/EMI Music Publishing, Universal Music Publishing et Warner/Chappell Music, ainsi que l’AEDEM (c’est à dire un collectif de plus de 200 éditeurs de musique espagnols de taille petite à moyenne), d’une part, et la SGAE, d’autre part.[2]

Alors que la sentence arbitrale rédigée par les trois arbitres de l’OMPI, publiée le 19 juillet 2017, était contraignante, CISAC, la confédération internationale représentant les sociétés de gestion collective de droits d’auteur dans plus de 120 pays, a décidé d’exclure temporairement la SGAE de la liste de ses membres le 30 mai 2019 parce que la SGAE ne s’était pas mise en conformité avec les termes de cette sentence arbitrale.[3] Cette décision audacieuse soulignait que, malgré la sentence arbitrale contraignante rendue par l’OMPI, la SGAE n’avait pas respecté ses obligations et les réformes promises, telles que celles-ci étaient énoncées dans cette sentence arbitrale.

Comment l’échec de l’exécution de la sentence arbitrale concernant la SGAE aurait pu être évité?

1. Pourquoi un arbitrage avait-il été organisé, et pourquoi une sentence arbitrale avait-elle été publiée par la suite?

En juin 2017, la police espagnole faisait une perquisition des bureaux de la SGAE à Madrid, une opération qui ouvrait un nouveau chapitre dans la saga à rallonge de corruption de cet organisme de gestion collective des droits d’auteur troublée, et pourtant puissante[4].

La police a perquisitionné le siège social de la SGAE dans le cadre d’une enquête visant plusieurs membres de la SGAE, ainsi que des salariés de plusieurs chaînes de télévision espagnoles. Les agents étaient à la recherche de documents liés à “la création de musique de basse qualité et à l’enregistrement de faux arrangements d’oeuvres musicales qui sont dans le domaine public”.

Après que la musique soit passée par ce processus de blanchiment, elle était enregistrée au nom d’hommes de paille et de sociétés d’édition détenues par les stations de télévision espagnoles elles-mêmes, telles que Mediaset, Atresmedia et TV3.

Le but était de diffuser cette musique durant des programmes nocturnes, sur plusieurs chaînes de télévision, très tôt le matin, à un niveau à peine audible, générant des redevances de droit d’auteur. Cette combine est connue sous le nom de “la rueda” (la roue) et a généré d’autres stratagèmes, à la SGAE.

En complément de ces procédures de droit pénal, le 19 juillet 2017, le tribunal arbitral de l’OMPI a rendu une sentence concernant un sujet litigieux entre les éditeurs major et indépendants, d’une part, et la SGAE, d’autre part.

En effet, alors que la SGAE tentait de remédier aux problèmes causés par cette corruption endémique dans ses rangs, et les stratagèmes « créatifs » ultérieurs mis en place par certains de ses membres, en concluant un accord informel avec certains télédiffuseurs à Madrid il y a plus de dix ans, puis ensuite en concluant un Accord de Bonnes Pratiques avec Mediaset (Telecinco) et Atresmedia (Antena 3) en 2013, ces accords ont été jugés anticoncurrentiels et un abus de position dominante par la SGAE, par les autorités de concurrence espagnoles. Faisant trés plaisir à un nombre d’opérateurs TV et auteurs-compositeurs impliqués dans la musique nocturne, qui avaient soulevé ces challenges devant les autorités de concurrence espagnoles, ces dernières ont décidé que la SGAE interférait avec la liberté des télédiffuseurs d’utiliser la musique de leur choix, et par conséquent que ces accords violaient le droit de la concurrence[5].

Alors que, au sein de la SGAE, les membres du conseil d’administration qui étaient aussi éditeurs, ont tenté de changer les règles de distribution par un vote du conseil à plusieurs reprises, leurs efforts étaient bloqués par un nombre de membres du conseil d’administration de la SGAE qui écrivent la musique utilisée pour “la Rueda”.

Exaspérés, les éditeurs de musique non détenus par les télédiffuseurs ont entamé un procès contre la SGAE concernant la Roue et les règles de distribution de la SGAE. Alors que l’affaire judiciaire progressait lentement, les éditeurs et la SGAE ont plutôt décidé de soumettre leur litige à un arbitrage contraignant devant un tribunal arbitral de l’OMPI constitué de trois arbitres.

Les parties étaient le groupe OPEM (constitué de BMG, Peermusic, Sony/ATV/EMI Music Publishing, Universal Music Publishing et Warner/Chappell Music); le groupe AEDEM (constitué des éditeurs de musique indépendants espagnols); et la SGAE.

Veuillez noter qu’aucun télédiffuseur n’était partie à l’arbitrage parce qu’ils avaient décliné d’y participer, après avoir été pourtant contactés par les arbitres afin d’y prendre part.

La sentence arbitrale de l’OMPI fut publiée le 19 juillet 2017.

2. Quelle a été l’issue de l’arbitrage? Quel traitement la sentence arbitrale de l’OMPI réservait-elle à la SGAE?

L’arbitrage sur la SGAE ciblait tout d’abord deux réclamations:

  • le partage inéquitable d’argent perçu par la SGAE de la part d’un utilisateur de musique et distribué par la SGAE à l’utilisateur de cette musique, en tant que titulaire de droit d’auteur, et
  • la distribution inappropriée de redevances pour l’utilisation de musique inaudible, ou à peine audible.[6]

Après avoir revu les éléments de preuve, les trois arbitres de l’OMPI ont décidé:

  • de mettre en place une distribution équitable, afin de ne pas désavantager les autres auteurs, en mettant en place des changements aux règles de distribution de la SGAE: les règles doivent être modifiées afin que les télédiffuseurs reçoivent, via leurs sociétés d’édition, concernant la musique diffusée très tôt le matin, une variance de 15 pour cent du total perçu sur ces musiques, respectivement;
  • que la distribution doit cesser pour la musique inaudible, telle qu’identifiée par la technologie utilisée par la société technologique espagnole BMAT ou une autre entreprise utilisant un logiciel similaire, et
  • que la SGAE doit disperser son “fond à peine audible” de la manière décrite dans la sentence arbitrale.

Les arbitres de l’OMPI ont en outre rendu la sentence arbitrale pleinement contraignante, énonçant que ni les télédiffuseurs, ni d’autres personnes physiques ou morales, pourraient annuler leur décision.

En outre, les arbitres de l’OMPI ont énoncé dans leur sentence arbitrale que les autorités de concurrence ne pourraient pas l’annuler parce que cette sentence n’impactait pas la capacité d’un télédiffuseur de décider quelle musique jouer, ou qui détient la musique qu’il a joué. La sentence arbitrale est uniquement relative aux droits à une distribution de la part de la SGAE et, par conséquent, impacte uniquement ses membres.

3. Pourquoi la sentence arbitrale concernant la SGAE n’a-t-elle pas été correctement exécutée? Qu’est-ce qui aurait pu être mis en place afin d’assurer cette exécution dans un délai raisonnable?

Pourtant, la sentence arbitrale, ainsi que l’enquête de droit pénal en cours relative à l’enregistrement frauduleux d’oeuvres, ne semblent pas être suffisantes pour déclencher les changements nécessaires afin de changer l’attitude de l’unique société de gestion collective des droits d’auteur musicaux espagnole.

En effet, malgré le fait que la sentence arbitrale de l’OMPI requérait expressément que la SGAE plafonne les distributions aux télédiffuseurs-éditeurs à 15 pour cent des frais de licence des télédiffuseurs payés, le conseil des directeurs de la SGAE a décidé d’augmenter ce plafond à 20 pour cent en mai 2018. Puis, carrément, en juin 2018, le conseil d’administration de la SGAE a décidé de revenir à son ancienne manière d’agir avant la publication de la sentence arbitrale internationale, vis-à-vis des télédiffuseurs-éditeurs, qui redeviennent ainsi à même de percevoir leur part des distributions, qui pourrait aller jusqu’à 70 pour cent des frais de licence payés par les télédiffuseurs[7].

En conséquence, dans une décision sans précédent, CISAC, la confédération internationale représentant les sociétés d’auteurs dans plus de 120 pays, a décidé d’exclure de manière temporaire la SGAE de son conseil d’administration, durant son assemblée générale tenue le 30 mai 2019[8].

Ceci est justifié par le fait que les réformes requises, énoncées dans la sentence arbitrale, n’avaient toujours pas été mises en place par la SGAE, deux ans après la date de publication de cette sentence, alors même que “la Rueda” était toujours en activité.

Alors que la saga de la SGAE est très certainement un problème endémique et pourrissant, plusieurs mesures correctives auraient pu être prises, par les trois arbitres de l’OMPI, ainsi que par les co-demandeurs à l’arbitrage, afin d’éviter que la sentence arbitrale soit finalement ignorée par le conseil d’administration, et le management, de la SGAE.

Tout d’abord, cela était une erreur de n’avoir aucun des télédiffuseurs espagnols parties à l’arbitrage et à la sentence arbitrale qui en résulterait. En effet, étant donné que ces chaînes de télévision et leurs sociétés d’édition sont les principaux coupables de cette mise en place de stratagèmes frauduleux à la SGAE, la sentence arbitrale aurait dû les toucher, et être contraignante à leur égard aussi, afin d’être pleinement exécutoire et efficace.

Deuxièmement, la sentence arbitrale ne mentionnait strictement rien concernant le changement de la composition du conseil d’administration de la SGAE. Pourtant, de nombreux télédiffuseurs espagnols détiennent, directement ou indirectement, des positions importantes au sein du conseil d’administration de la SGAE, ayant ainsi une influence majeure sur les votes et nominations des membres du conseil qui auront un pouvoir de décision. Par conséquent, la sentence arbitrale aurait dû être plus audacieuse et aussi instaurer une restructuration complète du conseil d’administration, et des règles d’élection, de la SGAE. De cette manière, les votes du nouveau conseil d’administration de la SGAE fraîchement nommé, nécessaires pour mettre en place les réformes requises par la sentence arbitrale de 2019, auraient été couronnés de succès et en faveur du changement.

Troisièmement, certains mécanismes d’amendes, et autres fortes mesures d’incitation pour que la SGAE se mette en conformité, auraient dû être énoncés dans la sentence arbitrale, avec des dates-butoirs claires et des métriques auxquels les différentes réformes requises auraient dû être mises en place. Sinon, la SGAE et ses employés malhonnêtes continueraient leurs manigances comme à leur habitude, poussés par certains directeurs et membres sensibles aux arguments développés par les télédiffuseurs espagnols et leurs sociétés d’édition. En d’autres mots, les mécanismes de pénalité auraient dû être plus contraignants, et coûteux, pour la SGAE, au cas où elle ne mettrait pas en place les réformes requises énoncées dans la sentence arbitrale, dans des délais raisonnables.

Enfin, quand des rumeurs ont commencées en 2018, que la SGAE ne se mettait pas en conformité avec ses obligations énoncées dans la sentence arbitrale de 2017, le groupe OPEM (constitué des éditeurs major et indépendants), ainsi que le groupe AEDEM (constitué des éditeurs musicaux indépendants espagnols), parties à cet arbitrage de l’OMPI en tant que co-demandeurs, auraient dû immédiatement utiliser les dispositions de la convention de 1958 de New York sur la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères – à laquelle l’Espagne est partie depuis mai 1977 –, ainsi que les mécanismes d’exécution forcée énoncés dans cette sentence arbitrale, afin d’obtenir une reconnaissance et exécution rapide de la sentence arbitrale de l’OMPI en Espagne, par la SGAE. C’est bien beau de dépenser du temps et de l’énergie à inventer une sentence arbitrale avant-gardiste, mais si elle ne peut être exécutée, alors sa valeur et son impact sont sévèrement limités, au mieux.

[1] Le droit d’auteur à l’ère numérique: comment les industries créatives peuvent en tirer profit, 14/06/2017

[2] Déclaration de la SGAE sur la sentence arbitrale de l’OMPI mettant fin au conflit sur les plages de temps nocturnes à la télévision, http://www.sgae.es/en-EN/SitePages/EstaPasandoDetalleActualidad.aspx?i=2190&s=5, 25/07/2017

[3] L’expulsion de la SGAE de CISAC: une étape regrettable mais essentielle vers une réforme, https://www.cisac.org/Cisac-Home/Newsroom/Articles/The-expulsion-of-SGAE-from-CISAC-a-regrettable-but-essential-step-towards-reform, 12/06/2019

[4] La société de gestion collective des auteurs espagnole fait l’objet d’une perquisition dans le cadre de la dernière enquête de corruption, https://www.billboard.com/articles/business/7840889/spain-authors-rights-society-sgae-raid-corruption-probe, 20/06/2017

[5] Music Confidential – Outrage in Spain – Part one of Two – 20/07/2017

[6] Déclaration de la SGAE concernant la sentence arbitrale de l’OMPI mettant fin au conflit sur les plages de temps nocturnes à la télévision, http://www.sgae.es/en-EN/SitePages/EstaPasandoDetalleActualidad.aspx?i=2190&s=5, 25/07/2017

[7] Music Confidential, A defining moment: when enough is enough already (Part One), 07/06/2019

[8] LES ÉDITEURS DE MUSIQUE MENACENT LA SOCIÉTÉ ESPAGNOLE DE LA BALANCER SI ELLE CONTINUE L’ESCROQUERIE TV ‘SCAM’, https://www.musicbusinessworldwide.com/music-publishers-warn-spanish-society-theyll-dump-it-if-it-keeps-up-tv-scam/, 11/06/2018

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Lawfully Creative | Juliette Espinasse Dubois, de July of St Barth, explique sa trajectoire dans le monde de la parfumerie

Lawfully Creative | Juliette Espinasse Dubois, de July of St Barth, explique sa trajectoire dans le monde de la parfumerie
Podcast 'Lawfully Creative'

 
 
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A propos du show

Lawfully Creative, Crefovi, Annabelle GaubertiLe podcast ‟Lawfully Creative” est une série de conversations intimes et honnêtes hébergées par Annabelle Gauberti, associée fondatrice et gérante du cabinet d’avocats basé à Londres et Paris, Crefovi, qui cible le conseil aux industries créatives. Annabelle parle avec des artistes, des législateurs et des professionnels travaillant dans les industries créatives – pour écouter leurs histoires, ce qui inspirent leurs créations, quelles décisions ont changé leurs carrières, et quelles relations ont influencé leur travail. Produit par Crefovi.

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Episode n. 13: Juliette Espinasse Dubois, de July of St Barth, explique sa trajectoire dans le monde de la parfumerie

Juliette Espinasse DuboisJuliette Espinasse Dubois, fondatrice et directeur créatif de la maison de parfums français July of St Barth, est une autodidacte déterminée qui utilise sa créativité et ses compétences développées en marketing pour se tailler une part, sans l’aide de personne, dans le marché de la parfumerie générateur de méga-millions d’euros. Comment cette novice a-t-elle réussi à faire cela, en seulement 6 ans? Quelle connaissance, et quel réseau, utilise-t-elle, pour ajouter de nouvelles fragrances au portefeuille de sa maison de parfums, et pour ouvrir des nouveaux points retail autour du monde?

20 janvier 2020 – Juliette Espinasse Dubois a rencontré l’associé fondateur et gérant de Crefovi, et la fondatrice et l’éditeur de Lawfully Creative, Annabelle Gauberti, à l’hôtel Majestic Champs Elysées à Paris, afin de discuter de sa trajectoire dans l’industrie de la parfumerie, tant en tant que collectionneuse et acheteuse de fragrances rares chevronnée, qu’en tant que propriétaire de la nouvelle maison de parfumerie française July of St Barth. Ecoutez les dernières nouvelles, de la part de Juliette, sur le monde élitiste des créateurs et vendeurs de fragrances, ainsi que sur ses plans pour croître et cultiver sa nouvelle marque July of St Barth en une des marques de parfums de niche les plus recherchées, sur le marché français, dans ce podcast ‟Lawfully Creative” divertissant et bavard!

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Comment diffuser légalement vos bandes sonores dans les bars, restaurants, hotels & autres lieux publics, de la France?

Quand un prestataire de système sonore, localisé en France, reproduit des phonogrammes sur des bandes sonores, afin de proposer ces bandes sonores à la diffusion dans des lieux publics tels que des restaurants, bars, hôtels, ou magasins, il a besoin d’avoir une vraie stratégie en place, afin d’exécuter son business plan en toute légalité. Tout particulièrement en ce qui concerne le développement de relations productives avec les sociétés de gestion collective de droits, françaises et étrangères. Comment cet effort de mise en conformité juridique peut-il être fait de la manière la plus efficace, en terme de temps et d’argent, pour assister l’entreprise naissante de tout jeune prestataire de système sonore basé en France?

comment diffuser légalement vos bandes sonores en France1. S’inscrire comme sonorisateur auprès de la SPPF et SCPP

Il y a quatre sociétés de gestion collective de droit voisin en France, en ce qui concerne les droits voisins musicaux, comme suit:

  • SPPF, qui est la société de gestion collective de droits voisins pour les producteurs de phonogrammes qui sont uniquement des labels indépendants;
  • ADAMI, qui est la société de gestion collective de droits voisins pour les artistes et les interprètes, et
  • SPEDIDAM, qui est la société de gestion collective de droits voisins pour les musiciens de session et les vocalistes.

Tout nouveau prestataire de système sonore basé en France doit être au courant de l’existence de ces sociétés de gestion collective de droits voisins, étant donné que certaines pourraient bien taper à sa porte afin de percevoir des redevances.

Ainsi, quelles sociétés de gestion collective de droits voisins pourrait avoir une revendication légale, et financière, contre le prestataire de système sonore basé en France?

Une distinction doit être faite, entre:

  • les redevances de droits voisins perçues sur la base de la diffusion de phonogrammes, et
  • les redevances de droits voisins perçues sur la base de la reproduction de phonogrammes.

En ce qui concerne les redevances de droits voisins perçues sur la base de la diffusion de phonogrammes, le Code de la propriété intellectuelle (“CPI“) dispose que 50 pour cent des redevances payées par les utilisateurs (c’est à dire les lieux qui diffusent les phonogrammes, tels que les espaces publics, les chaines de TV, les chaines radio, etc.) sont dirigés vers le titulaire de droit sur le phonogramme, alors que les 50 pour cent restants vont aux artistes-interprètes, musiciens de session et vocalistes. L’article L. 214-1 CPI prévoit le paiement de ces redevances de droits voisins relatives au droit de diffusion, sur la base d’échelles qui sont, elles-mêmes, prévues à l’article L. 214-4 CPI. Ces redevances payées en relation avec le droit de diffusion sont intitulées ‟rémunération équitable” et sont distribuées aux producteurs de phonogrammes via la SCPP et la SPPF, aux artistes-interprètes via l’ADAMI, ainsi qu’aux musiciens de session et aux vocalistes via la SPEDIDAM.

Toutefois, en ce qui concerne les redevances de droits voisins perçues sur la base de la reproduction de phonogrammes, celles-ci sont payées par les sonorisateurs (c’est à dire les prestataires de systèmes sonores qui fournissent des bandes sonores via des médias physiques, des systèmes de diffusion automatisés ou par satellite/ADSL) aux producteurs de phonogrammes uniquement. L’article L. 213-1 CPI prévoit le paiement de ces redevances de droits voisins relatives au droit de reproduction. Ces redevances sont distribuées aux producteurs de phonogrammes uniquement, via la SCPP et la SPPF.

Par conséquent, un prestataire de système sonore basé en France, qui reproduit des phonogrammes sur des bandes sonores qui seront ensuite diffusées sur les sites de ses clients (c’est à dire des bars, hôtels, restaurants, magasins de détail, ascenseurs, etc., collectivement désignés comme les ‟Sites des Clients”), localisés soit en France, soit, par exemple, au Royaume-Uni, aura une obligation légale de négocier, finaliser et signer un contrat général d’intérêt commun conclu entre un sonorisateur, et chacune des deux sociétés de gestion collective de droits voisins pour les producteurs de phonogrammes, c’est à dire la SCPP et la SPPF. Suite à la signature de ces contrats, le sonorisateur va payer la SCPP et la SPPF des redevances dues au titre du droit de reproduction des phonogrammes.

Les Sites des Clients, c’est à dire les espaces publics dans lesquels les bandes sonores seront diffusés via les médias physiques, les systèmes de diffusion automatisés ou par satellite/ADSL, vont payer des redevances de droits voisins au titre du droit de diffusion des phonogrammes, à la SCPP, SPPF, ADAMI et SPEDIDAM.

2. Concernant les contrats devant être conclus, entre les sonorisateurs et la SCPP et SPPF, respectivement

Les modèles-types de contrats généraux d’intérêt commun, conclus entre les sonorisateurs et chacune des sociétés de gestion collective pour les producteurs de phonogrammes – c’est à dire la SCPP et la SPPF respectivement – sont accessibles gratuitement sur leurs sites internet (ensemble, les “Contrats“).

Les points clés à noter, en relation avec les Contrats, sont que:

  • il y a une marge de négociation, avec la SCPP et la SPFF, concernant les stipulations des Contrats, avant qu’ils ne soient finalisés;
  • la SCPP détient 77 pour cent du répertoire social des phonogrammes en France, alors que la SPPF détient 23 pour cent du répertoire social des phonogrammes enregistrés en France, et ces prorata numeris sont indiqués dans la formule de calcul utilisée pour déterminer le montant de redevances dues au titre du droit de reproduction, comme expliqué ci-dessous;
  • tant la SCPP que la SPPF ont conclu des accords de réciprocité avec la société de gestion collective de droits voisins britannique PPL, ce qui implique que, a priori, il n’est pas nécessaire qu’un sonorisateur basé en France conclut un accord similaire aux Contrats, avec la PPL, même si ses bandes sonores sont diffusées sur des Sites de Clients localisés au Royaume-Uni;
  • tant la SCPP que la SPPF garantissent et représentent que les producteurs de phonogrammes, membres de leurs répertoires sociaux respectifs, ont obtenu l’autorisation préalable des artistes-interprètes, musiciens de session et vocalistes, à la reproduction de chacun des phonogrammes enregistrés dans leurs répertoires sociaux, en conformité avec l’article L. 212-3 CPI;
  • le chiffre d’affaires annuel, hors taxe, généré par le sonorisateur, sera le seul montant pris en compte par la SCPP et la SPPF, lors du calcul de redevances dues au titre du droit de reproduction;
  • la formule pour calculer la redevance est égale à ((chiffre d’affaires annuel hors taxes * 15%) * 23%) pour la SPPF, dans laquelle 23 pour cent représente le prorata numeris applicable à la SPPF, comme expliqué ci-dessus;
  • la formule pour calculer la redevance est égale à ((chiffre d’affaires annuel hors taxes * 15%) * 77%) pour la SCPP, dans laquelle 77 pour cent représente le prorata numeris applicable à la SCPP, comme expliqué ci-dessus;
  • tant la SCPP que la SPPF ont mis en place des minimums garantis, pour les redevances, en fonction du nombre de phonogrammes reproduits sur les Sites des Clients par an; dont les montants doivent être indiqués dans les Contrats;
  • la SCPP demande que le sonorisateur paye un dépôt de redevances, alors que la SPPF n’exige pas un tel dépot;
  • les sonorisateurs ont de lourdes obligations de reporting, étant donné qu’ils doivent envoyer à la SCPP et à la SPPF, de manière régulière, un tableur excel rempli, qui indique toutes les données devant être déclarées, en relation avec chacun des phonogrammes reproduits sur leurs bandes sonores, qui appartiennent aux répertoires sociaux respectifs de la SCPP et de la SPPF;
  • les bandes sonores, ainsi que les systèmes de diffusion automatisés, doivent permettre l’utilisation d’outils de protection des phonogrammes, tels que des outils de gestion de droits numériques, qui protègent les phonogrammes des copies non-autorisées, et
  • les données concernant les phonogrammes peuvent être tracées et trouvées dans les bases de données de la SCPP et de la SPPF, en particulier leurs numéros ISRC.

Les équipes juridiques de la SCPP et de la SPPF sont utiles pour mieux comprendre les Contrats, ainsi que pour négocier, et même éventuellement customiser, puis finaliser ces Contrats.

Pour conclure sur ce point, les redevances de droits voisins que tout sonorisateur basé en France doit payer représentent 15 pour cent de son chiffre d’affaires annuel hors taxes.

Qu’en est-il des éventuelles redevances de droit d’auteur?

3. Relations entre sonorisateurs et la SACEM-SDRM

Les sonorisateurs n’ont pas d’obligation légale de s’enregistrer auprès de la SACEM, c’est à dire la société de gestion collective de droits d’auteur, ou auprès de la Société pour l’administration du droit de reproduction mécanique des auteurs (« SDRM »).

En effet, les Sites des Clients vont payer des redevances à la SACEM et SDRM, relatives aux droits d’exécution publique et droits de reproduction mécanique, prévus à l’article L. 122-4 CPI, par le biais d’un accord de représentation conclu avec tous les auteurs, leurs ayants droit, ainsi que la SACEM et la SDRM, conformément aux dispositions de l’article L. 132-18 CPI.

Par exemple, un restaurant localisé à Paris va payer un prix fixe annuel hors taxes de 1.783,69 Euros, conformément aux redevances dues au titre des droits d’exécution publique et droits de reproduction mécanique des compositions musicales des auteurs-compositeurs enregistrés avec la SACEM et la SDRM.

Par conséquent, il n’y a pas d’obligation pour un sonorisateur de s’enregistrer auprès de la SACEM, afin de payer des redevances dues au titre du droit de reproduction, étant donné que les Sites des Clients localisés en France vont régler de telles redevances, qui sont incluses dans le prix fixe annuel hors taxe, qu’ils vont directement payer à la SACEM et SDRM.

Toutefois, la SACEM et SDRM recommandent que les sonorisateurs professionnels partagent avec elles, leurs formulaires déclaratifs numériques (c’est à dire les données de reporting sur chaque phonogramme qui doivent être indiquées sur le tableur excel fourni par la SCPP et la SPPF). De cette manière, la SACEM et la SDRM peuvent faire une répartition réaliste et exacte des droits dus au titre de la reproduction mécanique, parce qu’elles ont les justes informations relatives à chaque phonogramme et composition musicale reproduite sur une bande sonore, qui est ensuite diffusée sur chaques Sites des Client situés en France. Ainsi, la SACEM est en train de rédiger une charte, à l’attention des sonorisateurs professionnels, afin de les éduquer sur la nécessité de rendre compte à la SACEM, concernant les compositions musicales qui ont été reproduites.

En ce qui concerne les Sites de Clients localisés au Royaume Uni, la SACEM a conclu un accord de réciprocité avec la société de gestion collective de droit d’auteur britannique, PRS, afin d’assurer que les redevances perçues par PRS au nom et pour le compte de la SACEM, sont ensuite envoyées à la SACEM le plus vite possible, pour distribution aux auteurs, et leurs ayants droits, appropriés , tous membres de la SACEM.

Pour conclure, mettre en place une entreprise de sonorisation profitable en France vient avec quelques obstacles et barrières, d’un point de vue règlementaire. Toutefois, si ces complexités sont gérées intelligemment, par le biais de solutions de logiciels appropriées (tout particulièrement afin de gérer les lourdes obligations de reporting sur chaque phonogramme reproduit sur chaque bande sonore) ainsi que du conseil juridique tactique et efficace, rien ne devrait entraver le cheminement d’un sonorisateur malin et doué en affaires parce qu’il aura instauré des relations constructives, et mutuellement bénéficiaires, avec les sociétés de gestion collective de droits françaises. 

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Comment vous défendre au cas où l’oeuvre d’art achetée aux enchères ne correspond pas à sa description prévente?

Alors que collectionner des oeuvres d’art devient un hobby de plus en plus populaire et sexy pour les personnes aisées, les risques financiers et juridiques associés à cette activité sont très élevés, tout particulièrement lorsque ces objets d’art sont acquis aux enchères. En effet, il est dans l’intérêt des sociétés de vente aux enchères de tirer un portrait optimiste et partial de toute oeuvre d’art en vente, qui souvent ne reflète pas la provenance et/ou l’état exacts de cet objet d’art. Comment un collectionneur peut-il se prémunir contre de telles divulgations partiales et contre des enjolivements inexacts relatifs à l’état ou à la provenance de l’oeuvre d’art convoitée, en vente aux enchères?

oeuvre d'art achetée aux enchères1. Un risque réel

Notre cabinet d’avocats en droit de l’art Crefovi conseille en ce moment plusieurs personnes physiques – toutes collectionneuses d’art – qui sont tombées dans le piège suivant: elles se sont basées sur les informations (prouvées, par la suite, comme étant incorrectes) fournies par la société de ventes aux enchères responsable de la vente de l’oeuvre d’art, pour surenchérir avec enthousiasme et succès aux enchères sur cet objet d’art. Quand elles sont, ou peu de temps après qu’elles soient, allées chercher l’oeuvre d’art, la déception a pris le dessus, puisqu’elles se sont rendues compte qu’elles avaient été victimes de tromperie, en ce qui concerne l’état et/ou la provenance de l’objet d’art. Par conséquent, l’oeuvre d’art que vous avez achetée aux enchères ne correspond pas à sa description prévente.

Par exemple, un de nos clients est un ardent collectionneur d’antiquités chinoises qui réside au Royaume-Uni, grâce à son passeport chinois et son permis de travail. Durant une vente aux enchères organisée par la société de vente aux enchères française Tajan, il s’est principalement basé sur le rapport de condition (« condition report ») fourni par ce commissaire-priseur, qui indiquait que le vase chinois était en ‟bonne condition au vue de son âge (et avait) des traces d’usure normales par rapport à son âge”, pour surenchérir avec succés pour ce lot. Lorsqu’il s’est rendu aux bureaux de Tajan à Paris pour voir ce vase chinois pour lequel il était devenu l’enchérisseur gagnant, après avoir obtenu un visa pour se rendre en France, il a été bien déçu de découvrir que ce vase ne correspondait pas à la description qui en était faite dans le rapport de condition. L’état du vase est, en effet, mauvais, puisqu’il est endommagé par plusieurs marques et traces d’usure, en de nombreux endroits; il y a une large fissure sur la base de ce vase, ce qui veut dire que l’eau ne reste pas dans le vase parce qu’elle s’échappe par cette craquelure; plusieurs parties d’émail sont manquantes; certaines parties – telles que les panneaux sur la partie inférieure du vase et les émaux sur l’encolure du vase – semblent avoir été rajoutées après la phase de fabrication du vase, etc.

Un autre exemple est l’enchérissement réussi fait par un autre client de notre cabinet d’avocats, pour une peinture « attribuée à Alighiero e Boetti » comme énoncé dans le catalogue et sur le site internet de la société de vente aux enchères Bellmans. Alors que notre client avait pris le temps de voir et d’inspecter le tableau avant sa mise aux enchères dans la salle Sussex de Bellmans, il s’est alarmé lorsque l’Archivio Alighiero Boetti (une association culturelle basée à Rome, fondée par les héritiers de l’artiste Alighiero Boetti, afin de procéder à l’authentification des objets d’art dont il est allégué qu’ils auraient été crée par Alighiero Boetti), à qui il avait demandé d’établir un certificat d’authenticité pour cette oeuvre d’art, a rejeté sa demande. En effet, lorsqu’il a parlé à Matteo Boetti, fils d’Alighiero Boetti et président de Archivio Alighiero Boetti, il a été informé de ce que cette peinture avait déjà été présentée, sans succés, par trois fois, à ce comité d’authentification, afin d’obtenir un certificat d’authenticité! L’Archivio Alighiero Boetti a refusé de fournir un tel certificat d’authenticité aux précédents propriétaires de l’oeuvre d’art parce que, selon Matteo Boetti, c’était un faux, une contrefaçon, et par conséquent une oeuvre non réalisée par la main d’Alighiero Boetti.

Ce risque de devenir la proie de la tromperie des commissaires-priseurs (et des vendeurs anonymes de tels objets d’art défectueux) n’est pas du tout atténué par les termes et conditions de vente (‟T&Cs”) de ces sociétés de vente aux enchères. En effet, ces T&Cs sont bourrées de clauses d’exonération de responsabilité, telles que celle-ci extraite des T&Cs de Bellmans: « Veuillez noter que les Lots (en particulier les Lots de seconde main) ont peu de chance d’être en parfaite condition. Les lots sont vendus “tels quels” (c’est à dire comme vous les voyez au moment des enchères). Ni nous, ni le Vendeur, n’acceptons aucune responsabilité concernant la condition des Lots de seconde-main ou pour toutes problématiques liées à l’état affectant un Lot si de telles problématiques sont incluses dans la description d’un Lot dans le catalogue de la vente aux enchères (ou dans toute notification faite dans la salle de vente) et/ou que l’inspection d’un Lot par un Acheteur aurait dû révéler » ou ces pépites insérées dans les T&Cs de Tajan: « Si aucune information sur la restauration, un accident, des retouches ou tout autre incident n’est indiquée dans le catalogue, les rapports de condition ou les étiquettes ou durant une annonce verbale, cela ne veut pas dire que l’objet est dénué de défauts. La condition des cadres n’est pas garantie » et « Les acheteurs peuvent obtenir un rapport de condition sur les objets inclus dans le catalogue qui sont estimés à plus de 1.000 Euros sur demande. Les informations contenues dans ces rapports sont fournies gratuitement et seulement pour servir comme indication. Cela ne mettra en aucun cas la responsabilité de Tajan en jeu ». Bien sûr, il est presque certain que ces décharges de responsabilité, qui retirent toute responsabilité des épaules d’un commissaire-priseur trompeur, sont illégales. Mais cela prendrait une procédure judiciaire longue, coûteuse et douloureuse pour prouver que ces clauses d’exemption de responsabilité sont de graves violations du droit des contrats anglais et français. Quel collectionneur d’art a le temps ou l’énergie pour cela?

2. Payer ou ne pas payer le prix d’adjudication?

Dans les deux exemples susmentionnés, nos clients ont été confrontés à différents scénarios: notre fervent collectionneur d’art chinois a refusé de payer le prix du vase chinois, annulant immédiatement son enchère réussie, par le biais d’un email formel à Tajan, envoyé le même jour que celui où il a découvert que le vase chinois n’était pas conforme à la description qu’il en était faite dans le rapport de condition et dans le catalogue de Tajan. Toutefois, notre client enthousiaste en art moderne italien a consciencieusement payé le prix de 25.912 GBP par carte de crédit à Bellmans, le jour de son enchère réussie pour la peinture « attribuée à Alighiero e Boetti » (sic).

Alors que le choix de ne pas régler le prix, et de ne pas collecter le lot trompeur, était approprié, pour le collectionneur d’art chinois qui s’est immédiatement aperçu de la fraude en inspectant de près le vase chinois après la vente aux enchères, cela a ouvert la voie à une action judiciaire puisque Tajan et son vendeur anonyme ont contesté, bien sûr, le fait que leur rapport de condition et leur catalogue avaient caché la vérité concernant l’état médiocre de ce lot. En effet, après une tentative infructueuse de conduire une médiation pour résoudre ce litige avec le (plutôt inutile) commissaire du gouvernement près le Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères (c’est à dire l’institution réglementaire dont le rôle est de réguler les commissaires-priseurs français), Tajan a assigné en justice notre client devant le Tribunal de grande instance de Paris au début 2017. Cette action en première instance est toujours en cours, à ce jour.

Pendant ce temps, notre collectionneur situé au Royaume-Uni a lui aussi bien réagi, en réglant le prix d’adjudication et la prime d’acheteur incluant la TVA, et en collectant la peinture « attribuée à Alighiero e Boetti » puisqu’il était toujours convaincu que cela était une oeuvre authentique de la main d’Alighiero Boetti; jusqu’à preuve contraire apportée par le comité d’authentification de l’Archivio Alighiero Boetti, quelques semaines plus tard.

Pour conclure sur ce point, la règle logique est que, dés que vous découvrez la tromperie ou la contrefaçon, vous devez informer la maison de vente aux enchères que vous annulez l’enchère réussie par le biais d’une communication formelle avec eux; soit avant que vous ayez payé le prix d’adjudication et la prime d’acheteur, soit aprés. Idéalement, il est préférable d’effectuer cette divulgation officielle concernant la tromperie ou la contrefaçon au commissaire-priseur dès que possible, puisque la majorité des maisons de vente aux enchères mentionnent, dans leurs conditions générales, qu’elles ne tiendront pas compte des réclamations relatives à la tromperie faites par l’enchérisseur gagnant, si ces réclamations sont faites après une courte période suivant l’enchère réussie. Pour preuve, par exemple, la clause limitative de responsabilité de Bellmans à ce sujet: « Vous pouvez ramener tout Lot qui est identifié comme étant une Contrefaçon Délibérée à notre maison de vente aux enchères durant une période de 21 jours commençant à courir à partir de la date de la vente aux enchères, à condition que vous nous retourniez le Lot dans le même état que celui dans lequel il vous a été remis, accompagné d’une déclaration écrite identifiant le Lot à partir de la description du catalogue appropriée, et d’une description écrite des défauts ».

3. Mesures préventives pour éviter d’être l’enchérisseur gagnant d’un lot trompeur

Les acheteurs d’oeuvres d’art n’ont pas d’obligations imposées d’effectuer une due diligence, en droit français ou anglais.

Toutefois, le principe de ‟caveat emptor” (c’est à dire ‟acheteur, fait attention”, ‟buyer beware”, en latin) s’applique, par lequel la charge revient à l’acheteur d’investiguer le bien meuble, ou l’objet, qu’il est sur le point d’acheter. Etant donné que cette responsabilité d’effectuer une due diligence revient aux acheteurs, ils conduisent des recherches, en général, sur la base de données des oeuvres d’art volées the Art Loss Register et conduisent des recherches sur la propriété, l’authenticité, la condition, la provenance et l’export légale de l’oeuvre d’art. La due diligence dépend du type d’actif, de sa valeur, et des informations volontairement communiquées par le vendeur.

Comme règle de base, chaque acheteur devrait, au minimum, conduire les recherches suivantes:

  • se rendre au lieu de la vente aux enchères en personne et inspecter l’oeuvre d’art convoitée avant de prendre part à la vente aux enchères la concernant;
  • procéder à des recherches sur l’objet d’art convoité sur des bases de données de prix, telles que ArtNet, afin de trouver des données historiques concernant des ventes précédentes relatives à cette oeuvre d’art;
  • rechercher les bases de données d’oeuvres d’art perdues ou volées, telles que le Art Loss Register et Interpol, étant donné que ces bases de données comprennent des données concernant des objets d’art dont l’authenticité a été remise en question, et par conséquent mentionnent des problématiques d’authenticité. La base de données du Art Loss Register n’est pas disponible publiquement mais peut être consultée sur demande. Certaines données sur la base de données Interpol peuvent être recherchées par des membres du public, et
  • s’il existe, lire le catalogue raisonné de l’artiste à qui l’oeuvre d’art est attribuée, afin d’évaluer si cet objet d’art a en effet été reconnu par les spécialistes comme ayant été créé par cet artiste.

Si vous, acheteur, conduisez les recherches et étapes de due diligence susmentionnées, et à condition que vous soyez un consommateur (et non un professionnel, tel qu’un marchand d’art ou un commerçant), les juridictions estimeraient probablement que vous avez agi en conformité avec le principe de ‟caveat emptor” (‟acheteur, fait attention”).

4. Quelles sont vos options, après l’enchérissement vainqueur et la découverte malheureuse que l’oeuvre d’art est différente de la description qu’il en avait été faite, dans les documents du commissaire-priseur?

Comme mentionné ci-dessus au paragraphe 2., vous devriez envoyer une lettre officielle à la maison aux enchères, dénonçant la contrefaçon et/ou l’état mauvais (ou tout autre défaut non révélé) de l’oeuvre d’art, trés rapidement aprés que vous l’ayez découvert, résiliant l’enchérissement gagnant et requérant de restituer le lot litigieux au commissaire-priseur, contre le remboursement total du prix d’adjudication, de la prime d’acheteur y compris la TVA, tous autres coûts associés avec l’enchérissement (tels que les frais de transport) et les coûts relatifs à l’authentification et/ou à l’inspection de l’oeuvre d’art.

Bien qu’il soit peu probable que la maison de ventes aux enchères, à la réception d’une telle lettre formelle de réclamation, acceptera de couvrir les coûts d’authentification et/ou d’inspection, tout commissaire-priseur qui veut préserver sa réputation devrait accepter de reprendre le lot litigieux et de rembourser le reste des coûts demandés; particulièrement si vous avez envoyer votre communication officielle à une date la plus proche possible de la date de l’adjudication réussie, et si vous avez obtenu de solides moyens de preuve que l’oeuvre d’art est indéniablement une contrefaçon ou pas du tout telle qu’elle avait été décrite dans le rapport de condition et/ou le catalogue.

Si la maison de ventes aux enchères française et vous, enchérisseur mécontent, ne pouvez vous entendre, vous pouvez formuler une réclamation formelle et requérir une médiation avec le commissaire du gouvernement près le Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères (c’est à dire l’organe de régulation des commissaires-priseurs français), en gardant à l’esprit, toutefois, que le Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères puisse paraître partial, étant donné qu’il n’est pas de son intérêt d’agacer ses membres, c’est à dire les commissaires-priseurs français.

Au Royaume Uni, il n’y a pas d’organe de régulation en charge de contrôler et réguler les maisons de ventes aux enchères britanniques. Toutefois, la majorité des commissaires-priseurs britanniques sont adhérents à des fédérations professionnelles telles que la Society of Fine Art Auctioneers and Valuers, qui ont publié des notes de guidance concernant les bonnes pratiques, et ont souvent des méthodes de gestion des réclamations en place, et même des services de médiation, quand un de leurs membres est l’objet d’un litige avec un de ses acheteurs. En effet, la stratégie de « dénonciation et condamnation » est particulièrement efficace au Royaume Uni, bien moins en France où les maisons de ventes aux enchères françaises agissent comme si elles dédaignaient toutes réglementations ou procédures de réclamations qui oseraient limiter leur capacité à limiter leur responsabilité vis-à-vis des acheteurs.

Si le litige entre la maison aux enchères et l’acheteur escalade jusqu’à muter en une action judiciaire, votre défense, en tant qu’acheteur, devrait être basée autour de la preuve que l’objet d’art a été vendu, de manière trompeuse, aux enchères, du fait de la déformation grossière et de la négligence commise par le commissaire-priseur et, accessoirement, par le vendeur. Autant d’éléments de preuve de la contrefaçon, tromperie et/ou de l’état mauvais, que possible, devraient être fournis à la juridiction, même en requérant une expertise de l’oeuvre d’art trompeuse, exécutée par un expert en art, sous la supervision de la juridiction.

Pendant ce temps, vous, en tant qu’acheteur et défendeur dans ce procès, devez demander, et tenter, de faire une médiation pendant toute la durée de la procédure, afin de démontrer que vous êtes prêt à transiger et à trouver une résolution constructive, efficace en temps et en coûts, à ce litige. L’autre partie, toutefois, pourrait ne pas être d’accord avec une tel mode de résolution alternatif du différend, soit parce qu’elle est stupide, soit parce que leurs honoraires d’avocat pourraient ne pas être couverts par leur police d’assurance juridique, au cas où une médiation ou tout autre mode de résolution alternative était mis en place entre les parties.

Pour conclure, vous devez vraiment éviter de vous trouver dans la situation d’un enchérisseur gagnant, mais malheureux, lorsqu’il découvre, après la vente aux enchères, qu’il a surpayé pour une oeuvre d’art qui n’est pas du tout ce qu’elle semblait être, ou comme elle avait été présentée, par le commissaire-priseur et le vendeur anonyme. Nos recommendations, ci-dessus, devraient vous éviter cette prise-de-tête et situation. Toutefois, si ce n’est pas le cas, ne vous inquiétez pas et appelez-nous, étant donné que nous sommes, chez Crefovi, là pour vous conseiller afin de trouver une solution à votre mauvaise expérience aux enchères et à la transaction trompeuse, de la manière la plus économe et efficace en terme de temps.

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Comment restructurer votre business créatif en France?

Presque tout business créatif de taille moyenne ou large détient des opérations à l’étranger, afin de maximiser ses opportunités de distribution et de tirer profit d’économies d’échelle. Ceci est particulièrement vrai pour les entreprises de mode & luxe, qui ont besoin de points de vente retail physiques situés stratégiquement, afin de prospérer. Toutefois, de telles boutiques à l’étranger peuvent parfois avoir besoin d’être restructurées, au vue de leurs résultats annuels de chiffre d’affaire, comparé à leurs coûts fixes. Que faire, alors, quand vous voulez soit réduire, soit même clôturer, vos opérations installées en France? Comment procéder, de la manière la plus efficace en terme de temps et de coûts, pour restructurer votre business créatif en France?

restructurer votre business créatif en France

Une chose qui doit être clarifiée dès le départ est que vous devez suivre les règles françaises, quand vous décidez de réduire, ou même de mettre fin, à vos opérations installées en France.

En effet, au cas où vous avez immatriculé une société à responsabilité limitée française pour vos opérations commerciales en France, qui est une filiale dont le capital est entièrement détenu par votre maison-mère étrangère, il y a un risque que la responsabilité financière de la filiale française soit transférée à la maison-mère étrangère. Ceci est dû au fait que le voile corporatif (‘corporate veil‘) est très fin en France. A la différence du Royaume Uni ou des Etats-Unis par exemple, il est très courant, pour les juges français qui évaluent chaque affaire au cas par cas, de décider qu’un dirigeant et/ou un actionnaire de la société à responsabilité limitée française devrait être tenu solidairement responsable du dommage subi par une partie tierce. Le juge a seulement à déclarer que toutes les conditions suivantes sont cumulativement réunies, afin de percer le voile corporatif et de décider que les dirigeants et/ou actionnaires sont responsables des actes injustifiés qu’ils ont commis:

  • le dommage a été causé par un acte injustifié d’un dirigeant ou d’un actionnaire;
  • l’acte injustifié est intentionnel;
  • l’acte injustifié est une faute grave, et
  • l’acte injustifié n’est pas intrinsèquement lié à l’exécution de tâches d’un dirigeant, ou est incompatible avec l’exercice normal des prérogatives attachées au statut d’actionnaire.

L’action spécifique en responsabilité pour insuffisance d’actifs est généralement la voie qui est choisie, afin de percer le voile corporatif et d’engendrer la responsabilité du dirigeant et/ou de l’actionnaire d’une société à responsabilité limitée française. Toutefois, il existe une jurisprudence française abondante, montrant que les juridictions françaises n’hésitent pas à tenir les maisons-mères françaises et étrangères pour responsables des dettes de leurs filiales françaises, tout particulièrement en cas d’abus du voile corporatif, par voie de mélange de patrimoines, soit en mélangeant les comptes, soit par le biais de relations financières anormales. Ceci amène en général vers une extension des procédures d’insolvabilité, en cas de mélange des patrimoines, mais pourrait aussi entraîner la responsabilité extra-contractuelle du dirigeant et/ou de l’actionnaire pour faute lourde.

En effet, si un actionnaire a commis une faute ou un acte de négligence grossière qui a contribué à l’insolvabilité, ainsi qu’à des licenciements subséquents au sein, de la filiale française, cet actionnaire pourrait être tenu pour directement responsable vis-à-vis des employés. Conformément à la jurisprudence française récente, l’actionnaire pourrait être jugé responsable au cas où ses décisions:

  • endommage la filiale;
  • aggrave la situation financière déjà difficile de la filiale;
  • n’ont pas d’intérêt pour la filiale, ou
  • bénéficient uniquement à cet actionnaire.

Bien sûr, toutes décisions des juridictions françaises sont relativement aisées à faire exécuter dans tout autre état-membre de l’Union Européenne (“UE“), tel que le Royaume Uni, grâce au règlement de l’UE 1215/2012 sur la juridiction, la reconnaissance et l’exécution des jugements dans les affaires civiles et commerciales. Ce règlement permet l’exécution de toute décision de justice publiée dans un état-membre de l’UE sans une procédure préalable d’exequatur. Par conséquent, la maison-mère étrangère ne sera pas protégée par le simple fait qu’elle est située au Royaume-Uni, par exemple, et non en France: elle sera responsable dans tous les cas, et les jugements des juridictions françaises seront exécutables au Royaume-Uni, contre elle. En outre, une nouvelle convention internationale, la convention de La Haye sur la reconnaissance et l’exécution des jugements étrangers dans des affaires civiles ou commerciales a été conclue, le 2 juillet 2019, et changera vraiment les règles du jeu une fois qu’elle aura été ratifiée par de nombreux pays au monde, y compris l’UE. Cela deviendra donc encore plus facile d’exécuter des décisions judiciaires françaises dans des états tiers, même ceux situés hors de l’UE.

Donc qu’elle est la meilleure approche pour restructurer ou clôturer les opérations françaises d’une entreprise créative, si l’enjeu est si important?

1. Comment légalement mettre fin à votre bail commercial français?

La plupart des opérations commerciales françaises sont conduites à partir de locaux commerciaux, soit un point de vente retail, soit des bureaux. Par conséquent, des baux de ces espaces commerciaux ont été signé avec des bailleurs français, au début des opérations françaises.

Comment valablement mettre fin à de tels baux commerciaux français?

Et bien, ce n’est pas simple, étant donné que la pratique de “verrouiller les locataires commerciaux” est devenue de plus en plus commune en France, par le biais de l’utilisation de contrats de bail commercial comprenant des clauses pré-formulées et standard qui imposent de lourdes obligations aux locataires commerciaux, et qui n’ont pas fait l’objet de quelque négociation ou discussion que ce soit, entre les parties.

Cette évolution est assez surprenante puisque la France a un régime de défaut pour les baux commerciaux, énoncé aux articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce, qui est plutôt protecteur des locataires commerciaux (le “Régime par défaut”). Il définit le cadre juridique, ainsi que les limites entre, le bailleur et son locataire commercial, ainsi que leur relation contractuelle.

Par exemple, l’article L. 145-4 du Code de commerce dispose que, dans le Régime par défaut, la durée du bail ne peut être inférieure à neuf ans. En outre, les articles L. 145-8 et suivants du Code de commerce décrivent avec minutie le Régime par défaut pour renouveler le bail après sa résiliation, déclarant nulle et non avenue toute clause, énoncée dans le contrat de bail, qui retire le droit de renouvellement du locataire, au contrat de bail.

Mais que dit le Régime par défaut concernant le droit d’un locataire à la résiliation du bail? Rien, vraiment, à l’exception des articles L. 145-41 et suivants du Code de commerce, qui disposent que toute clause énoncée dans le contrat de bail en relation avec la résiliation du bail ne s’appliquera qu’après l’écoulement du délai d’un mois, qui commence à courir à partir de la date à laquelle une partie au contrat de bail a informé l’autre partie de ce que cette dernière devait se mettre en conformité avec ses obligations au titre du contrat de bail et, si cette requête de mise en conformité avec ses obligations contractuelles est ignorée, l’autre partie va exercer son droit de résilier le contrat de bail après un mois. Toutefois, en pratique, il est très difficile pour des locataires commerciaux français d’invoquer ces articles du Code de commerce, et de prouver ensuite que leurs bailleurs ne se sont pas conformés à leurs obligations contractuelles énoncées dans le bail. Ceci est dû au fait que de tels contrats de bail français stipulent souvent des clauses qui exonèrent les bailleurs de toute responsabilité au cas où les locaux commerciaux sont défectueux, obsolètes, souffrent de cas de force majeure, etc.

Pour résumer, le Régime par défaut ne prévoit pas de droit automatique pour un locataire professionnel de résilier le contrat de bail, pour toute raison. Il est donc conseillé, lorsque vous négociez les clauses stipulées dans un tel contrat de bail, de s’assurer que votre entité française (soit une succursale, soit une société à responsabilité limitée française) ait une voie de sortie aisée du bail de 9 ans. Toutefois, étant donné que l’équilibre des pouvoirs est lourdement biaisé en faveur des bailleurs commerciaux – tout particulièrement pour des lieux de vente au détail prisés tels que Paris, Cannes, Nice, et autres destinations touristiques – il y a une très haute probabilité que le bailleur repoussera toute tentative effectuée par le locataire professionnel potentiel d’insérer une clause permettant à ce même locataire de résilier le bail sur préavis, pour toute raison que ce soit (c’est à dire même dans les cas où le bailleur professionnel a rempli ses obligations énoncées dans le bail).

Toujours contenu dans le Régime par défaut, sur le sujet de la résiliation des baux commerciaux, l’article L. 145-45 du Code de commerce dispose que le redressement ou la liquidation judiciaires n’entraînent pas, de droit, la résiliation du bail relatif aux bâtiments/locaux affectés aux activités professionnelles du débiteur (c’est à dire le locataire). Toute clause, énoncée dans le contrat de bail, qui est en contradiction avec ce principe, est nulle et non avenue, sous le Régime par défaut. Alors que cet article paraît protecteur des locataires professionnels, il implique en outre qu’il n’y a aucun intérêt à placer les activités du locataire professionnel en redressement ou en liquidation judiciaires, pour entraîner automatiquement la résiliation du bail. Une situation de redressement ou liquidation judiciaires d’une personne morale française n’entraînera pas automatiquement la résiliation du bail de ses locaux.

Par conséquent, la voie de sortie la plus conservatrice pourrait être d’attendre la fin du délai de neuf ans, pour un locataire professionnel.

Afin d’avoir une plus grande flexibilité, plusieurs clients étrangers qui montent des opérations commerciales en France préfèrent ne pas choisir le Régime par défaut, qui impose une duré de neuf ans, et au contraire souscrire à un bail dérogatoire qui n’est pas couvert par le Régime par défaut.

En effet, l’article L. 145-5 du Code de commerce énonce que “les parties peuvent (…) déroger” au Régime par défaut, à condition que la durée totale du bail commercial ne soit pas supérieure à trois ans. Les baux dérogatoires, qui ont une durée totale non supérieure à 3 years, sont par conséquent exclus de, et non régi par, le Régime par défaut énoncé aux articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce, et sont au contraire classifiés dans la catégorie ‘contrats de louage de droit commun‘, qui sont régis par les dispositions énoncées dans le Code civil, relatives, en particulier, aux baux non-commerciaux (article 1709 et suivants du Code civil).

Par conséquent, si une société-mère étrangère négocie un bail dérogatoire pour ses opérations françaises, elle sera en mesure de s’en arrêter là après trois ans, au lieu de neuf ans. Toutefois, elle ne sera pas en mesure de bénéficier des protections offertes aux locataires, énoncées dans le Régime par défaut, et devra donc négocier elle-même, avec beaucoup d’astuce, les termes du bail commercial, avec le bailleur français. Il est par conséquent essentiel d’obtenir du conseil juridique approprié, avant de signer tout contrat de bail avec un bailleur français, afin de s’assurer que ce contrat de bail offre des options, en particulier, pour que les locataires puissent le résilier, en cas de violations contractuelles faites par le bailleur, et, dans tous les cas, à la fin de la période de trois ans.

Le locataire doit conserver des traces écrites et des preuves de toutes violations contractuelles effectuées par le bailleur durant l’exécution du bail, comme « munitions » potentielles au cas où il décide de mettre en marche, plus tard, le mécanisme de résolution du contrat de bail, pour violation contractuelle non remédiée.

2. Comment légalement mettre fin aux contrats de travail de votre personnel français?

Une fois que la résiliation du contrat de bail est convenue, il est temps pour le management des opérations françaises de focaliser son attention sur la résiliation des contrats de travail des membres du personnel français (le “Personnel“), ce qui peut être un long processus.

Un audit de tous les contrats de travail en place avec le Personnel doit être effectué, de manière confidentielle, avant d’agir, afin de déterminer si ces contrats sont à “à durée indéterminée” (“CDI”) ou “à durée déterminée” (“CDD”).

En tant que partie intégrale de cet audit, l’équipe juridique et de management doit clarifier le montant des sommes dues à chaque membre du Personnel, en relation avec:

  • toute période de congés payés due;
  • en cas de CDDs, si aucun accord exprès n’est signé par le membre du Personnel et l’employeur à la date de résiliation, toutes les rémunérations impayées dues durant la durée minimale du CDD;
  • en cas de CDDs, une indemnité de fin de contrat à un taux de 10% de la rémunération brute totale;
  • en cas de CDIs, tout salaire de préavis dû à l’employé;
  • en cas de CDIs, toute indemnité de licenciement due à l’employé, et
  • toutes contributions sociales sur salaires dues.

Cet audit permettra par conséquent à l’entreprise française, et à sa maison-mère étrangère, d’évaluer combien le processus de résiliation des contrats du Personnel pourrait coûter.

En France, vous ne pouvez pas résilier les contrats de travail du Personnel à votre gré: vous devez avoir une raison légitime pour faire cela.

Justifier la résiliation d’un CDD avant sa date d’expiration peut être assez complexe et risqué, en France, particulièrement si les membres du Personnel touchés se sont comportés de manière normale durant l’exécution de leurs CDDs, à ce jour. Il peut par conséquent être préférable pour l’employeur de payer toutes les rémunérations en suspens dues pendant la durée minimum du CDD, afin d’éviter tout risque d’être traîné devant un tribunal des prud’hommes, par ces membres du Personnel.

En ce qui concerne les CDIs, il y a trois types de résiliation des CDIs, comme suit:

  • licenciement pour motif économique;
  • rupture conventionnelle du CDI, et
  • rupture conventionnelle collective.

Un licenciement pour motif économique doit avoir lieu en raison d’une cause économique réelle et sérieuse, telle que des coupes d’emploi, des difficultés économiques de l’employeur ou la fin de l’activité de l’employeur.

Cette option serait donc appropriée pour toute entité française qui souhaite arrêter ses opérations en France. Elle vient avec des conditions, toutefois, comme suit:

  • l’employeur doit informer et consulter le représentant du personnel, ou le Comité d’entreprise;
  • l’employeur demande que le Personnel afférent prenne part à un entretien préliminaire et leur notifie la résiliation de leurs CDIs ainsi que les raisons pour une telle résiliation;
  • l’employeur envoie une lettre de résiliation au Personnel afférent, au moins 7 jours ouvrés à partir de la date de l’entretien préliminaire, ou au moins 15 jours ouvrés à partir de la date de l’entretien préliminaire si ce membre du Personnel est un cadre, qui énonce la raison économique qui a causé la suppression de l’emploi occupé par l’employé, les efforts effectués par l’employeur pour reclasser l’employé en interne, et l’option pour l’employé de bénéficier d’un congé de reclassification, et
  • l’employeur informe l’administration française, c’est à dire la ‘Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi’ (“DIRECCTE“) compétente, des licenciements.

Une autre façon de mettre valablement fin au Personnel est par le biais d’une rupture conventionnelle de CDI, c’est à dire une résiliation mutuellement convenue du contrat de travail. Cela est uniquement ouvert aux opérations françaises dans lesquelles le Personnel est prêt à coopérer et à trouver un accord mutuel sur la résiliation des contrats de travail. Cette situation est difficile à trouver, en réalité, pour être honnête, mais pourquoi pas?

Si l’entité française réussit à s’accorder sur ce point avec son Personnel, alors la convention de rupture conventionnelle doit être signée, puis homologuée par la DIRECCTE, avant que tout contrat de travail ne soit officiellement résilié.

Si la DIRECCTE refuse d’homologuer la convention, le Personnel en question doit continuer à travailler dans des conditions normales, jusqu’à ce que l’employeur formule une nouvelle requête d’homologation de la convention et … l’obtienne!

Enfin, au cas où un accord collectif, aussi intitulé « accord d’entreprise”, a été conclu dans l’entreprise française, alors une rupture conventionnelle collective peut être organisée. Si c’est le cas, seulement le Personnel qui a donné son accord par écrit à l’accord collectif peut participer à cette résiliation agréée mutuellement et collectivement, de ses contrats de travail.

Il convient de noter que les employés français sont plutôt belliqueux et déposent souvent des réclamations devant les juridictions prud’homales, suite à la résiliation de leurs contrats de travail. Toutefois, les ordonnances Macron, qui sont entrées en vigueur en septembre 2017, ont mis en place une échelle qui limite le montant maximum des indemnités qui pourraient potentiellement être payées aux employés ayant une séniorité minimale, dans ces affaires devant les juridictions prud’homales. Ainsi, les salariés qui ont moins d’un an de séniorité sont autorisés à obtenir un maximum d’un mois de salaire comme indemnité. Ensuite, ce seuil est augmenté d’un mois par année de séniorité, plus ou moins, jusqu’à huit ans. Toutefois, cette échelle ne s’applique pas en cas de licenciements injustifiés (ceux liés à la discrimination ou au harcèlement), ou aux licenciements qui ont lieu en violation avec les libertés fondamentales. Alors que de nombreuses juridictions françaises du premier degré ont publié des jugements rejetant cette échelle Macron, la Cour de cassation a validé cette échelle Macron en juillet 2019, forçant les juridictions prud’homales françaises à se conformer à cette échelle.

Alors que cette validation devrait être un soulagement pour les maisons-mères étrangères, il convient de noter que le plus ordonné et négocié le départ du Personnel, le mieux. Avoir à combattre des procès en droit du travail en France n’est pas fun, et peut être coûteux et chronophage. Ils faut donc les éviter à tout prix.

3. Mettre fin aux autres contrats avec les parties tierces et effacer l’ardoise avec les autorités françaises

Bien sûr, les autres contrats avec les parties tierces, telles que les producteurs, les fournisseurs de services locaux, doivent être résiliés légalement avant que les opérations françaises soient dissoutes. Le point à retenir est que l’entité française et sa maison-mère étrangère ne peuvent laisser une situation chaotique et irrésolue derrière elles, en France.

Elles doivent résilier et valablement couper tous les liens contractuels qu’elles avaient avec des sociétés et professionnels français, avant de fermer boutique, en conformité avec les stipulations des contrats conclus avec de tels tiers français.

En outre, les sociétés françaises doivent régler tous les soldes impayés dus aux autorités françaises, telles que les organisations de sécurité sociale françaises, l’URSSAF, et l’administration fiscale française, avant de mettre définitivement la clé sous la porte.

4. Comment restructurer votre business créatif en France: vous devez dissoudre votre entreprise en bonne et due forme

Une fois que les obligations en cours des opérations françaises ont été respectées, en résiliant valablement tous les contrats existants, tels que le bail commercial, les contrats de travail, les contrats avec les producteurs et les fournisseurs de services, comme mentionné ci-dessus, il est temps de clôturer votre business en France.

Les sociétés à responsabilité limitée françaises ont deux options pour mettre fin à leurs activités commerciales pour raisons économiques, c’est à dire pour procéder à une cessation d’activité.

La première branche de l’alternative est d’exécuter une résiliation volontaire et anticipée de l’entreprise française. Cela peut être effectué par la société française, ses actionnaires et ses directeurs, lorsqu’elle peut toujours exercer son activité et payer ses dettes. Si les statuts de cette société française prévoient les différents cas dans lesquels la société pourrait être dissoute, tels que la fin de la durée de vie de la société française, ou suite à la décision commune des actionnaires, alors il est possible pour la société à responsabilité limitée française et ses directeurs d’exécuter une résiliation volontaire et anticipée de la société.

La seconde branche de l’alternative, ouverte aux sociétés à responsabilité limitée françaises, intervient lorsqu’une société ne peut plus payer ses dettes, et se trouve dans une situation de cessation de paiements, c’est à dire qu’elle ne peut payer ses dettes avec ses actifs, en cessation de paiements. Dans ce cas, la société française doit faire une déclaration de cessation des paiements auprès des juridictions commerciales compétentes dans les 45 jours suivant la date à laquelle elle a cessé de faire des paiements. Aussi, dans cet délai de 45 jours, les directeurs de la société française doivent ouvrir une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire avec les juridictions commerciales compétentes. Cette juridiction va décider, après avoir examiné les différents documents enregistrés avec la déclaration de cessation des paiements, quelle procédure institutionnalisée (redressement judiciaire? liquidation judiciaire?) est le plus appropriée, au vue de tous les intérêts qui doivent être pris en compte (dettes, préserver les emplois, etc.).

Si vous voulez sortir du territoire français avec grâce, vous ne voulez pas vous retrouver dans une situation de cessation des paiements, puis ensuite redressement ou liquidation judiciaires, gérés par les juridictions françaises. Non seulement cela promet une procédure judiciaire lente et douloureuse, pour résilier vos opérations françaises, mais cela pourrait en outre générer des situations dans lesquelles les demandes monétaires formulées contre la société française seraient escaladées aux actionnaires, directeurs et/ou à la maison-mère, comme expliqué dans notre introduction ci-dessus.

Non seulement la maison-mère, ou tout autre actionnaire, pourrait être traînée dans la boue et jugée responsable, mais en outre ses directeurs, et en particulier son associé-gérant, aussi. Les juridictions commerciales françaises n’ont aucune patience pour les gestions négligées et irresponsables, et de nombreux associés gérants ont eu leur responsabilité civile mise en jeu parce que leurs actions avaient causé des préjudices à l’entreprise française ou à des tiers. Même la responsabilité pénale d’un associé-gérant peut être mise en jeu, au cas où la juridiction française découvre une fraude. En particulier, il est fréquent qu’en cas de procédures collectives fondées sur l’insolvabilité, et si la liquidation judiciaire d’une société à responsabilité limitée française permet d’identifier une insuffisance d’actif, les juridictions vont ordonner à son associé-gérant de payer, personnellement, pour la responsabilité sociale de la société, s’il a commis une erreur de gestion.

Pour conclure, la société française agit comme un bouclier vis-à-vis de son associé-gérant, à l’exception des cas où ce directeur commet une faute personnelle détachable de son mandat, au cas où la société est toujours solvable. Toutefois, si la société est en redressement judiciaire, tant la responsabilité des actionnaires, que des dirigeants, peut être mise en jeu de plusieurs façons, par les juridictions françaises, l’entité des charges de sécurité sociales française URSSAF et l’administration fiscale française.

Il est donc essentiel de quitter la France avec une ardoise vierge, parce que tout travail inachevé laissé dans un état de pourrissement peut foudroyer votre société étrangère et son management comme un boomerang, par le biais de décisions judiciaires françaises exécutoires et fort coûteuses.

Ne vous inquietez pas, toutefois, nous sommes là, chez Crefovi, pour vous assister à obtenir ce résultat, et vous pouvez puiser dans notre expertise pour partir du territoire français indemne et victorieux.

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